L’intelligence relationnelle, pour Hervé Franceschi, ça a commencé par une leçon brutale. Un abcès au foie. Une péritonite. Des colères mal gérées après le décès de sa mère. Le corps qui parle, et qui ne parle pas doucement. Vingt ans plus tard, entre la découverte de Jacques Salomé et sa méthode ESPERE, ce qu’il a appris dans son cabinet de thérapeute et le miroir des chevaux, il a compris que vous ne changez pas les personnes, vous changez les relations. Cette distinction change tout, car elle redonne du pouvoir. Et avec le pouvoir viennent la liberté et la joie.
Sommaire :
Quand les émotions s’expriment par le corps
La rencontre de Jacques Salomé et ses écharpes relationnelles
Nous tenons tout dans la même main
Le piège relationnel des réseaux sociaux
L’intelligence relationnelle nous donne liberté et joie
Quand les émotions s’expriment par le corps
Hervé Franceschi n’a pas cherché l’intelligence émotionnelle. C’est elle qui est venue le chercher. Brutalement.
« L’intelligence émotionnelle, pour moi, ça a commencé par une leçon brutale. J’ai eu un abcès au foie, une péritonite, tout un bazar. C’était après le décès de ma mère. Des colères mal gérées. Le corps m’a parlé, et il ne m’a pas parlé doucement. »
À cette époque, Hervé Franceschi vient du sport de haut niveau. Il connaît la pression, le stress qu’on se met, la pression qu’on met sur les gens. « Pas seulement le stress négatif qui te rend malade, mais aussi toute cette tension pour continuer à performer. »
Il avait déjà compris l’intérêt de bien vivre avec ses émotions. « Mais là, j’en avais la preuve. La preuve physique, concrète, dans mon corps. »
De la performance à la compréhension
« La découverte de la médecine chinoise a été fondamentale pour moi », poursuit-il. « La découverte des énergies du corps, pour mettre des mots plus concrets, plus précis sur ce que c’est que l’énergie. Et ça a changé ma manière d’aborder les choses. »
À cette époque, Hervé Franceschi aborde l’intelligence émotionnelle surtout par le prisme de la gestion du stress. Le stress du sportif notamment. Mieux vivre avec ses émotions pour continuer à performer du point de vue sportif ou pour continuer à être en bonne santé.
Mais cette expérience avec l’abcès au foie lui a fait comprendre que « le corps et les émotions, c’est le même système ». Ce n’est pas juste du stress à gérer. C’est toute une compréhension à construire.
Et ça, c’est le début d’un long chemin qui le mènera bien au-delà de la simple gestion émotionnelle.
La rencontre de Jacques Salomé et ses écharpes relationnelles
« L’intelligence relationnelle, c’est essentiellement via la méthode ESPERE et Jacques Salomé que je l’ai découverte il y a un peu plus de 20 ans. Au départ, à travers ses livres. Puis je l’ai rencontré et j’ai participé à ses stages. »
Il y a aussi Guy Corneau et Thomas d’Ansembourg qui font partie de ses influences, mais c’est bien Jacques Salomé qui constitue sa référence.
La révélation : séparer la personne de la relation
Avec Jacques Salomé, Hervé Franceschi découvre la distinction entre la personne et la relation.
« Une fois que j’avais compris qu’il fallait dissocier ça, tout le reste m’apparaissait évident. C’est la clé numéro un pour moi. Prendre conscience de ce que je vois souvent : je crois que je ne veux pas changer les gens, pour autant, je continue à essayer de changer les gens. »
Regardez autour de vous. Observez ce que font les gens quand une relation ne fonctionne pas. « Les gens me disent : “Bien sûr qu’on ne change pas les gens.” Mais la première chose qu’ils font, c’est qu’ils essaient de te changer quand ça ne va pas. »
Un collaborateur qui ne donne pas satisfaction ? On essaie de le changer. Un patron trop exigeant ? On voudrait qu’il devienne plus compréhensif. Un conjoint qui ne communique pas ? On lui demande de s’ouvrir davantage.
« Alors qu’en fait, ce n’est pas l’autre que tu dois changer, mais la relation. Qui permettra peut-être à l’autre de changer. Je ne peux pas contrôler comment je vais te faire changer. »
Cette distinction déplace le curseur. Vous ne pouvez pas changer l’autre, mais vous pouvez changer la relation. Et en changeant la relation, l’autre peut évoluer. Ou pas. Mais au moins, vous reprenez du pouvoir sur quelque chose que vous pouvez contrôler.
Transformer les écharpes en jeu
Les écharpes relationnelles sont l’outil pédagogique central de la méthode ESPERE. Des écharpes en tissu que l’on utilise pour visualiser les relations.
« Les écharpes relationnelles, ce n’est pas moi qui les ai inventées, c’est Jacques Salomé. Après, j’en ai fait un style. Elles étaient là juste pour visualiser. Et je m’en suis servi comme ça au départ. Mais comme j’aime le jeu avec le public, j’en ai créé quelque chose qui a évolué. »
Jacques Salomé avait plutôt un objectif de thérapeute, à raconter des histoires de vie, de couple, de famille. « Et moi, j’étais beaucoup dans les histoires de vie, d’association et d’entreprise. Bien sûr qu’il y avait mes histoires de couple et de famille aussi. Mais je l’ai aussi tout de suite appliqué au monde professionnel. »
Hervé Franceschi transforme un outil thérapeutique en outil de management, de coaching, de compréhension des dynamiques collectives. Et c’est là que les choses vont devenir vraiment intéressantes.
Nous tenons tout dans la même main
Il y a un moment où la compréhension théorique devient une évidence viscérale. Pour Hervé Franceschi, ce moment est arrivé avec les écharpes. Plus précisément : en observant ce que les gens faisaient avec les écharpes.
L’expérience avec les écharpes
« Ce que je n’avais pas compris, c’était à quel point il y avait une multiplicité des relations et qu’on tenait tout “dans la même main”. Ça, personne ne me l’a montré. Je crois que je l’ai compris en faisant les tests avec les gens. »
Chaque écharpe représente une relation à l’autre. Par exemple, avec votre conjoint, vous en prenez une dans votre main pour votre relation avec votre conjoint. Une autre pour votre relation avec votre amant. Une autre pour votre rôle de parent. Une autre pour votre travail si vous travaillez ensemble…
Et en faisant l’exercice avec les gens, Hervé Franceschi observe : « Les gens me disaient qu’ils voulaient changer, et, dans la réalité, ils gardaient tout dans la même main. Au fur et à mesure, ils mettaient les différentes écharpes dans la même main. Et là, ça m’a choqué quand j’ai fait l’expérience. En fait, j’ai pu voir qu’il y avait une confusion. »
Imaginez. Vous tenez toutes vos relations dans la même main. Comment voulez-vous y voir clair ? Comment voulez-vous gérer l’une sans affecter l’autre ? Vous ne pouvez pas.
« Les relations sont multiples et en parallèle, pas en série. Ce n’est pas “j’en arrête une pour en prendre une autre”, en fait, elles sont là. Et il y a confusion parce que je les tiens dans la même main : je suis le père, l’amant, le mari, le professionnel. Tout ça, c’est des relations différentes que je pourrais avoir avec la même personne ou avec des personnes différentes. »
Cette confusion n’est pas anodine. C’est elle qui vous fait perdre un ami quand vous perdez un collègue. C’est elle qui vous fait confondre votre rôle de parent et votre rôle de conjoint avec votre partenaire. C’est elle qui vous empêche de dire non à votre patron parce que vous confondez la relation professionnelle avec une relation d’autorité parentale.
Tu peux les séparer, tu ne perds pas les deux
La découverte fondamentale d’Hervé Franceschi tient en une phrase : tu peux séparer tes relations, tu ne perds pas les deux.
« Beaucoup de gens n’ont pas compris qu’une fois qu’ils ont tissé la relation, il suffit de créer une autre relation pour changer la précédente. Les relations qu’on peut tisser avec les gens sont d’ordre multiple, et souvent on ne les voit pas, donc on ne les sépare pas. Et ça ne nous permet pas de gérer plusieurs choses. »
Prenez un exemple concret. Vous avez un collègue avec qui vous vous entendez bien. Vous déjeunez ensemble, vous rigolez, vous partagez des moments agréables. Puis l’un de vous deux change de poste ou d’entreprise. Que se passe-t-il ? La plupart du temps, la relation disparaît complètement.
Pourquoi ? Parce que vous n’aviez tissé qu’une seule relation : la relation de collègues. Vous n’avez jamais explicitement créé une relation d’amitié à côté. Quand la relation professionnelle s’arrête, tout s’arrête.
Mais si vous aviez séparé les deux relations, si vous aviez consciemment dit « nous sommes collègues et nous sommes amis », alors la fin de la relation professionnelle n’aurait pas annulé la relation amicale.
« Tout le monde me disait : “Comment tu fais pour avoir un réseau comme ça.” C’était avant LinkedIn. Et quand LinkedIn est arrivé, pour moi, ça ne m’a servi qu’à poser mon réseau, déjà présent, à l’international notamment. »
Le secret ? Il n’y en a pas. C’est juste comprendre que vous pouvez tisser plusieurs relations avec la même personne. Et que si vous les séparez consciemment, vous ne perdez pas l’une quand l’autre change.
Le piège relationnel des réseaux sociaux
Le monde moderne et les réseaux sociaux ont modifié notre rapport aux relations. Et nous sommes confrontés à un nouveau piège, l’implicite.
« Je pense qu’aujourd’hui, avec les réseaux sociaux, on tisse plein de relations qui sont factices. Je pense qu’on n’a toujours pas compris que l’implicite ne fonctionne pas. Je passe mon temps à l’expliquer, mais je vois bien que les gens ne réalisent pas. Ou plutôt n’en ont pas conscience. Dès que tu leur expliques, ils le découvrent. »
L’implicite, c’est quoi ? C’est cette croyance que l’autre va comprendre ce que vous attendez sans que vous ayez à le dire. Que votre conjoint va deviner vos besoins. Que votre patron va comprendre vos attentes. Que vos amis vont savoir ce qui est important pour vous.
L’implicite ne fonctionne pas
« L’implicite ne fonctionne pas dans la communication, ne fonctionne pas dans la vie de couple, ne fonctionne pas tout court. J’ai des besoins que je ne donne pas et je voudrais que l’autre les comprenne. Et après, j’ai des exigences, des demandes exacerbées. »
Il y a une seule exception. « Le seul moment où l’implicite fonctionne, c’est quand il y a de la complicité, quand justement on est déjà sur la même phase. »
Mais aujourd’hui, avec la multiplication des relations, des canaux de communication, des contextes différents, l’implicite devient dangereux.
« Je tisse des liens dont je n’ai pas conscience et qui m’influencent. Les sphères privée et pro sont très poreuses maintenant. »
Résultat ? « Ce système demande encore plus de clarification de la relation. Y compris de la relation que j’ai à mon travail, à l’entité société. La diversité de ces relations nécessite plus de clairvoyance, plus d’appropriation du système. »
Plus vous avez de relations, plus vous devez être explicite sur ce qu’elles sont. Plus vous devez les nommer. Plus vous devez les séparer.
Et surtout, comprendre que vous avez le choix. Le choix de créer de nouvelles relations. Le choix de transformer celles qui existent. Le choix de mettre de la distance ou de la proximité. Le choix, c’est la liberté.
L’intelligence relationnelle nous donne liberté et joie
« Une fois que j’ai compris ça, j’ai plein de choix et donc de la liberté. Je crois qu’au fond, les deux choses que m’a apportées la compréhension des relations, c’est la liberté et la joie. »
La liberté, c’est de choisir consciemment vos relations au lieu de les subir. De dire non ou oui, vraiment. D’arrêter une relation toxique pour en proposer une nouvelle, plus saine. De séparer les relations multiples que vous entretenez avec une même personne, et de ne plus tout perdre quand l’une d’elles change.
La liberté, c’est aussi de comprendre que vous ne changez pas les personnes, vous changez les relations. Et qu’en changeant les relations, vous reprenez du pouvoir sur votre vie.
Et la joie, c’est d’être en conscience des relations que vous tissez et que vous entretenez. Parce qu’une relation consciente, choisie, clarifiée, c’est une relation qui peut être authentique.
L’intelligence relationnelle est un chemin de vie. Un chemin qui commence par deux questions : dans quelle relation suis-je en ce moment ? Et qu’est-ce que je choisis de faire maintenant ?
Parce que c’est ça, l’intelligence relationnelle. Le choix conscient. La capacité à voir clairement ce qui est, et à décider consciemment ce que vous voulez que ce soit.
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